CDC Habitat au salon de l'AMIF 2019

Le mot d'André Yché

"C’est pour moi, depuis longtemps, un motif d’étonnement que de constater le faible niveau de compréhension de l’économie du logement et des fonctions sociales que véhicule l’habitat. Cette lacune est d’autant plus sensible que simultanément, les Pouvoirs Publics déversent, sur nos entreprises comme sur toutes les autres, une masse croissante de missions et d’obligations qui, dans une conception classique du rôle de l’Etat, relèvent strictement de la puissance publique : les prélèvements fiscaux et sociaux « à la source », la lutte contre le blanchiment et les mesures de transparence et de traçabilité des flux financiers, sans omettre un reporting monumental au titre de la responsabilité sociale et environnementale, qui inclut désormais un large inventaire de dispositions tendant à organiser une profonde mutation des rapports sociaux.

Il en résulte que dans nos métiers, plus encore que dans beaucoup d’autres, nous sommes devenus des acteurs publics essentiels, délégataires de fait d’une part croissante de pans entiers de l’action publique et, simultanément, confrontés aux contraintes économiques, peu connues et mal appréciées, de nos entreprises.

Voilà tout le paradoxe de notre position stratégique : être toujours plus rigoureux envers nous-mêmes tout en demeurant ouverts aux autres. Ce modèle peut-il réellement fonctionner ? Je pense que la réponse peut être positive, à une double condition :

  • D’abord, trouver un équilibre entre droits et devoirs vis-à-vis des partenaires avec lesquels nous souhaitons travailler ;  
  • En second lieu, être capables de faire évoluer notre champ d’activité pour répondre à des besoins inédits, en inventant de nouveaux usages, en imaginant une offre élargie à de nouveaux produits, découlant, à la fois, des potentialités de l’économie résidentielle, qui est fondamentalement une économie mixte, publique et privée, et des multiples fonctions de l’habitat, au cœur de l’épargne et de la prévoyance, de l’insertion sociale mais aussi professionnelle, de la vie familiale et de l’existence collective, au sein de la Cité.   

Ainsi, le grand défi de notre transformation réside dans les mouvements potentiellement antagonistes que nous devons concilier : nous concentrer sur nos métiers et nos savoir-faire, mais en même temps nous ouvrir à d‘autres partenaires, dans l’habitat et au-delà, dans d’autres champs de la vie sociale : la formation, l’emploi, la mobilité…bref, à tous les aspects de l’existence qui, à un moment donné, finissent par recouper l’habitat. En d’autres termes, industrialiser nos process dans le cadre d’une « entreprise élargie » incluant tous nos partenaires, parfaitement autonomes mais relais et amplificateurs, devenus indispensables, de nos actions.

Voilà notre véritable challenge : construire une culture d’entreprise si forte, si solidement ancrée en nous-mêmes qu’elle nous permette, sans en perdre le bénéfice, de nous en extraire pour conquérir de nouveaux territoires. "